
Extrait du rapport adressé à M. le ministre des affaires étrangères, Par M. Adolphe Poncelet, Consul de Belgique à Chicago, Sur l’émigration aux Etats-Unis. Bruxelles, Imprimerie de Deltombe, 1856
Town Belgium (où la petite Belgique, comme ils disent) située à 6 milles de Port-Washington et à 8 milles de Town Fredonia est composée de deux townships (72 milles carrés) entièrement occupés par des Belges, tous Luxembourgeois des environs d’Arlon et d’Etalle; il y a sur ces deux postes trois familles irlandaises, pas une seule américaine et 450 familles belges, toutes établies sur des lots de terre de 80, 120, 160 et 320 acres; quelques unes même possèdent une section entière, 640 acres(256 hectares).
Ces colons, pendant les premières années, ont eu a endurer beaucoup de privations, de misères, de maladies, et ont dû travailler d’une manière très pénible; ce qui a été cause que la mort a fait tant de ravages parmi eux; aujourd’hui leur position est améliorée, les deux colonies sont en voie de prospérité, les fermes ont d’assez grandes parties défrichées et mises en culture, les récoltes y sont assez belles, malheureusement toutes sont situées dans la forêt vierge; il n’y a pas de prairies, les souches des arbres abattus restent encore toutes debout et devront y rester encore longtemps avant de pouvoir être extraites. Les forêts de cette contrée sont moins élevées, les arbres y sont moins gros et moins serrés que dans les forêts de l’Indiana et du Kentucky, qu’à Leopold (Ind.) surtout, le bois n’y est pas un embarras comme dans cette dernière place, car les fermiers peuvent toujours et en tout temps l’écouler facilement et presque sans frais à Port-Washington, ou ils le vendent aux nombreux steamboats qui relâchent journellement dans ce port.
La plupart des fermiers établis à Belgium et Fredonia depuis 10 ans et même moins sont à l’aise et gagnent beaucoup d’argent; la fortune de plusieurs est estimée de 15,000 à 40,000 dollars, leurs fermes, leurs maisons, leurs granges sont bien tenues et très vastes les fermes défrichées à moitié et à 2/3(les souches restant) sont estimées aujourd’hui de 20 à 40 dollars l’acre; les terres de l’Etat qui restent à vendre peuvent encore être achetées à 1 dollar 1/4 l’acre(1.25 l’acre). La plupart des bonnes positions sont prises; chaque fermier a un bétail assez nombreux, mais pas aussi nombreux qu’il pourrait l’être s’il y avait des prairies naturelles comme dans l’Illinois et l’Iowa.
Tous ces émigrants ont conservé les mœurs et les usages du pays et vivent mieux qu’ils ne le faisaient en Belgique. Pour n’en citer qu’un exemple : dans presque toutes les fermes passables on vous offre du vin, de l’absinthe, de la bière, du cognac de choix et abondamment; toutes ces boissons leur étaient pour ainsi dire inconnues en Belgique, ici elles sont de luxe et coûtent fort cher.
Ils élisent et choisissent parmi eux leurs maire, alderman, juge de paix et constables, et sont à peu près les maîtres dans les élections du comté…
Sur la fin d’août 1853, six familles composées de 28 personnes partirent du canton de Wavre et vinrent s’établir à 15 milles de Green-Bay. Ces émigrants s’étaient rendu dans le Wisconsin d’après les conseils de M. Vleugen, pasteur protestant, résidant à Biez, canton de Wavre; à leur arrivée, M. Damme, prêtre catholique, né à Diest, leur montra les terres du gouvernement. Ce prêtre a rendu et rend encore chaque jour de grands services à nos colons; sans lui les premiers arrivants n’auraient su où se placer, car à leur débarquement, à green-bay, les agents spéculateurs s’étaient emparés d’eux et voulaient leur vendre des terres en leur disant qu’il n’y avait plus dans la contrée de terres de l’Etat à vendre.
Ces six familles, quelque temps après leur arrivée, adressèrent des lettres de remerciement à M. Vleugen, et invitèrent leurs parents et leurs amis à venir lesrejoindre. La population actuelle est de 800 âmes; il paraît que beaucoup d’émigrants sont encore en route ou se disposent à partir pour rejoindre les Belges de Green-Bay.
La colonie est établie à 15 miles de la ville de Green-Bay, sur les townships 24 et 25, rangs 22 et 23, dans les Brown et Kewaunee Counties; elle occupe 29 sections(la section, 640 acres) ou environ 1,610 mètres de chaque côté faisant à peu près 256 hectares, dont 20 sections dans le Brown County, et 9 sections dans le Kewaunee County; les 29 sections ne sont pas toutes occupées, les colons ont choisi parmi elles les terres qui leur semblaient les meilleures, ils les ont payéeset les payent encore 1/2 dollar l’acre(40 ares).
Les premiers colons ont choisi les plus mauvaises terres des deux townships; la première année ils ont eu beaucoup à souffrir du choléra et autres maladies. Sur une population de 76 personnes, il en est mort 7. Il serait nécessaire d’arrêter l’émigration sur ce point et de la détourner de cette voie; ce serait un service réel rendu à nos émigrants que de les engager à ne plus se rendre à Green Bay, dont la situation est des plus mal choisie.
Tout le terrain est forêt vierge, sans prairies, le sol est couvert d’énormes chênes et de sapins plus énormes encore, et tellement rapprochés en plusieurs endroits, que les racines s’entrelacent et qu’il est impossible de poser le pied sur la terre nue…
les colons peuvent tirer parti des sapins qui se fendent bien, en les débitant en bardeaux (ardoises de bois) qu’ils écoulent tant bien que mal; ce peut être un avantage en ce sens que ceux qui arrivent avec peu de fonds, peuvent acheter 40 acres pour 20 dollars, bâtier une maison de blocs pour s’abriter et qu’alors, si leurs fonds sont épuisés, ils peuvent faire du bardeau; avec le produit de cette marchandise ils gagneront presque assez pour subvenir à leurs besoins; ils parviendront quelquefois à économiser quelques dollars, avec lesquels ils gagneront presque assez pour subvenir à leurs besoins, ils parviendront quelquefois à économiser quelques dollars, avec lesquels ils feront des provisions pour le temps qu’ils emploieront à abattre les premiers acres de forêt. Les jours de pluie et tout l’hiver (qui est long et dur dans cette contrée), ils feront du bardeau, mais l’avantage qu’ils peuvent retirer de cette industrie n’est nullement compensé, car les énormes souches de sapin, qui ont été débitées en marchandise, et celles des sapins qui ne sont propres qu’au sciage (ceux‑ci sont les plus nombreux) restent de 15 à 20 ans avant d’être pourries complètement, et avant de pouvoir être extraites ; la taille des souches se recouvre, dès l’abatage, d’une épaisse couche de résine qui empêche l’eau de pénétrer dans les souches, et les conserve pour ainsi dire dans leur état primitif pendant de longues années. Outre ces inconvénients; le sol, sur une étendue assez grande, est tellement pierreux en plusieurs endroits, que ce serait folie de penser à le déblayer. Les pierres seraient plus que suffisantes pour entourer la terre d’un mur d’un mètre d’épaisseur sur plusieurs mètres de hauteur. Ces parties doivent rester boisées. Les terres les plus riches ne produisent guère au delà de 5 à 8 ans sans engrais et plusieurs n’iront pas au delà de 3 à 5 ans à ’en juger par les récoltes actuelles (de première et deuxième année).
Le défrichement de cette colonie est le plus mal Conduit de tous ceux que j’ai vus; nos colons, au lieu d’imiter les Américains et de laisser un tiers des arbres debout; après les avoir cernés, de n’en abattre que ce qui est nécessaire pour que les récoltes n’aient pas trop d’ombre, n’ont rien laissé: Des terres, même celles qui sont ensemencées, sont couvertes de troncs d’arbres, de tas de bois énormes auxquels ils mettent souvent le feu 2 et 3 fois saufs pouvoir parvenir à les brûler; tandis que s’ils avaient imité leurs voisins, cerné les chênes, les hêtres (quant aux sapins le cernage ne les fait pas périr), abattu les petits arbres, puis attendu 6 ou 7 ans pour abattre les arbres cernés, s’ils avaient recoupé au moyen du feu, ils se seraient évité bien du travail et des fatigues, se seraient débarrassés sans peine des arbres qui lés encombrent maintenant; ils auraient pu même laisser sur pied une partie des gros sapins, car, vu l’élévation et le peu de branches de ces derniers, les récoles n’en auraient pas beaucoup souffert.
Les Belges de Green-Bay auraient dû égàlement se placer sur des lignes droites et se serrer autant que possible, au lieu de s’éparpiller sur toutes les 29 sections de sorte qu’il leur est impossible (et ils ne le pourront peut‑être jamais) d’établir un chemin praticable ou une route à travers la colonie pour aller rejoindre celle de Green‑Bay. Pour mettre ce projet à exécution, il leur faut plus de 10 à 15 ans, à condition qu’ils s’ènrichissent (ce qui est douteux); il leur sera aussi difficile d’en établir une pour rejoindre le lac.
La plupart d’entre eux; pour ne pas dire tous, ne récoltent pas de grain pour leur consommation; beaucoup doivent l’acheter et l’acheteront encore pendant plusieurs années…
The Potential Estate website • www.potentialestate.org • Confirm your interest here!